Communautarisme, christianophobie et art contemporain
Par Guillaume de Prémare le vendredi 6 avril 2012, 15:24 - Point de vue - Lien permanent
Je reviens, dans une chronique publiée par la Revue d’éthique et de théologie morale (RETM numéro 268 – Mars 2012 - Editions du Cerf), sur la controverse occasionnée par l’affaire Castellucci. Les catholiques peuvent-ils légitimement s’inscrire dans une démarche communautariste ? La grille de lecture « christianophobe » des événements est-elle pertinente ? Une approche objective de l’œuvre de Castellucci est-elle possible ? Comment oser une critique de l’art contemporain et bousculer les sacralités de notre temps ? Quelle liberté de pensée reste-t-il face aux nouveaux clercs qui font de la désacralisation de toute chose une nouvelle sacralité intouchable ?
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Quelques extraits de la chronique
Comunautarisme et christianophobie
Le communautarisme est une tendance qui pousse l’homme à limiter ses relations personnelles aux membres de sa communauté, qui l’accule à réduire sa relation à la cité à celle que sa communauté entretient collectivement, et le conduit à assimiler son mode de pensée à la pensée globale de sa communauté. (…) L’homme « communautarisé » ne se voit, ne se pense et n’agit qu’en tant qu’il est membre de telle communauté. Il nie ainsi une dimension essentielle de sa personne pour tendre à n’être plus qu’un individu interchangeable, inclus dans un sous-groupe de l’ensemble social. Ce communautarisme est un symptôme des Temps Modernes. Sa puissante dynamique politique s’appuie en partie sur la construction de « mythes phobiques ».
Le surgissement, relativement récent, du terme de « christianophobie » dans le paysage sémantique n’est pas neutre. Il s’inscrit, à mon avis, dans cette dynamique de « concurrence victimaire ». Jadis, les termes « antichristianisme » ou encore « anticléricalisme » suffisaient. Il faut croire qu’ils ne suffisent plus.
Clercs et laïcs
Certains laïcs pressent leurs pasteurs de prendre la tête de combats temporels, les soumettant aux pressions de leurs groupes catégoriels, dont l’affichage politique est parfois ostensible ; et certains pasteurs semblent redouter la liberté des fidèles, au risque d’être tentés de contrôler la pensée et l’action des laïcs, ce qui serait à la fois une chimère et un abus d’autorité. Les clercs n’ont pas pour vocation de prendre des positions, livrer des opinions, organiser et contrôler les actions et engagements des laïcs dans la cité.
Il existe une différence fondamentale de nature entre la réponse spirituelle que l’Eglise doit apporter aux fidèles – parfois désorientés par la difficulté de vivre en catholiques dans une société sécularisée – et la manière dont les catholiques, ou des catholiques, s’inscrivent dans le débat public. La hiérarchie de l’Eglise n’a pas pour fonction de porter la pensée et l’action de la communauté catholique dans la cité et d’opérer une médiation entre les fidèles et la cité.
L'œuvre de Roméo Castellucci
Je crois sincèrement que l’œuvre de Roméo Castellucci aurait dû inciter à davantage de méfiance en raison, non seulement de son ambiguïté intrinsèque, mais encore de l’ambiguïté revendiquée par l’auteur pour définir sa démarche artistique générale. Il y avait, à mon avis, un piège dans ce vrai faux débat qui a vu les catholiques livrer une petite bataille d’Hernani ad intra.
Dialogue avec l’art contemporain et « ouverture »
Si nous voulons dialoguer avec l’art contemporain, il nous faut le comprendre, en comprendre les pièges, les ambiguïtés et les contradictions. Si nous partons du principe à priori que les artistes contemporains sont de merveilleux producteurs de sens et de questionnement, si nous croyons pouvoir toujours poursuivre avec eux une recherche commune de la vérité fondée sur un véritable échange constructif, nous prenons le risque d’annihiler d’emblée tout esprit critique sur l’art contemporain. Un tel dialogue ne serait qu’une confortable et rassurante posture. Car il ne faut pas oublier que l’art contemporain peut exercer une tyrannie douce sur la pensée.
Penser la question de « l’ouverture » comme une étiquette, comme la nécessité de posséder un précieux sésame qui ouvre l’accès aux débats du monde, est un piège. Car l’étiquette a un prix : ici celui, exorbitant, de la liberté de pensée. Est-il « ouvert » celui qui prend garde, dans son expression, d’éviter toute idée qui pourrait lui valoir le qualificatif de « fermé » ? Est-il ouvert sur le monde celui qui, tout affairé à la contemplation narcissique de son « ouverture », ferme les yeux sur le monde réel pour ignorer ce en quoi il est profondément malade ? Est-il ouvert celui qui baisse les paupières sur ce qu’il peut y avoir de folie destructrice dans le déferlement massif de sécrétions humaines – sang, sperme, excréments, urine, salive, sueur, larmes -, observé depuis plusieurs années sur les planches du festival d’Avignon ?
N’avons-nous pas, par exemple, à interroger les nouvelles sacralités du temps, si bien traduites par l’art contemporain ? Celui-ci n’a-t-il pas, d’une certaine manière, violemment éradiqué, par son approche iconoclaste et sa culture de la transgression, le sacré pour lui substituer une autre sacralité, celle de la pulsion ? L’objet d’art, fruit d’une pulsion sacralisée, deviendrait-il par lui-même sacré ? Intouchable ? Si, comme l’affirme Castellucci, l’art a pris la place de la religion, ne se fait-il pas à son tour religion nouvelle, avec son espace sacré, son culte, ses dogmes, son clergé… et son Inquisition ?
Des combats à mener
Aujourd’hui, comme hier, l’homme a des combats à mener. Ces combats ne sont pas ceux de l’Eglise contre le monde, ce ne sont pas ceux d’une communauté, ce sont les combats que l’homme libre, catholique ou non, peut choisir de mener – ou non – pour la liberté de l’homme contre la barbarie marchande qui l’enferme dans l’asservissement consenti au règne des pulsions, les combats de la liberté de pensée face à une nouvelle « cité » artistique et intellectuelle qui semble se transformer toujours davantage en temps irréligieux des marchands de pulsions.
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Commentaires
C'est pire que ça, il s'agit d'une bataille entre satan et Dieu.
Ou l'adversaire réclame des blasphèmes d'une créature ou d'un groupe de créatures, en échange de quoi il leurs donne notoriété ou tout les royaumes de la terre. (tentation au désert).
Je rapelle que l'exposition a été financée par Vitton.
En appelant leur direction ils avaient un discour préparé qu'ils n'étaient pas au courant et désolés. A quoi je réplique aussitôt ,donc vous allez leur faire un procés, réponse spontanée "oh non", je reprends que je croirais en leurs regrets, quand je verrais le procés. On sait que vitton est rapide en procés pour éviter de compromettre leur image. Ici apparement le blasphème fait marcher la côte internationale du groupe et l'engouement pour leurs produits. Rappelons le coût de l'exposition 1000 000 d'euros.
remarquons aussi que rien ne laissait entrevoir le blasphème en apparence, l'image est belle, on ne percoit ,pas le pipi, ni le sperme, et donc cela semble mettre à l'honneur le Christ, mais nous nous étonnons alors d'un tel engouement subit d'afficher le Christ dans toute la ville dans un pays laique tant attaché à sa laicité. Mesurons aussi que ce blasphème fut fait dans la cité des papes, guerre donc ouverte contre Dieu et son église. Les affiches étaient soutenues par le ministère de la culture et les 2 partis politique les socialistes et l'ump.
Etais ce pour obtenir du diable de les placer en finalistes aux elections.
Ces commandes dîtes "artistiques", je suis artiste, je les considère comme des commandes abjectes réclamées par le diable, pour damner ses pauvres fous qui ne courent qu'aprés la gloire et l'argent et qui pour cela sont prés à ravaler leur dignité propre , ainsi que toutes répugnances à insulter Dieu et les hommes, cherchant à perdre dans la foulée d'autres pauvres fous, qui finissent par prendre des vessies pour des lanternes.
NB: L'art est conforme au créateur, libre et bon. ceci ne relève d'aucune dextérité, mais d'une pathologie destructrice l'opposé de la création. La création est absolue, quête du merveilleux et de Dieu. Ici c'est clairement l'inverse une opposition à Dieu sournoisement entreprise à des fins monétaires et de gloire obtenues pas glorieusement du diable.
Je rappelle au passage que le diable les dupe eux même et se réjouis d'avance de pouvoir les déchiqueter en enfer.
Aprés notre vie, si nous avons passé notre existence a détester Dieu, nous serons dans la distance que nous aurons mis entre lui et nous.
Dieu est lumière sur terre, tout homme même dans le pire état dispose de cette lumière de Dieu; A l'issue nous serons face à nos actes. si nous avons guerroyés conte les autres où contre Dieu, il nous sera fait de même et il y aura des pleurs et des grincements de dents. Que ceux qui sont dans ce triste état viennent demander pardon dans les confessionnaux et changent leurs vies, il en est encore temps.
Merci, Guillaume, de cette chronique intelligente.
Notre rapport au monde est souvent à chercher du côté d’une via media, entre les deux écueils pareillement illusoires du communautarisme et de l’ouverture à tout prix.
La partie sur les rôles respectifs des clercs et des laïcs m’a fait réfléchir. Si les prêtres n’ont pas à servir de médiation entre les laïcs et la société, leur accompagnement « spirituel » ne doit pas non plus exclure toute préoccupation sociétale et politique. Dans une société française où la religion est hyper-privatisée, beaucoup de catholiques ne voient plus le lien entre leur foi et leur engagement dans la cité. Il me semble que la prédication des prêtres devrait penser l’intelligence de cette unité. Mais il est vrai qu’ils n’ont pas la même fonction que les laïcs dans la cité et qu’ils n’ont pas vocation à se substituer à eux.
Merci père Edouard d'avoir apporté cette nuance à laquelle je souscris entièrement.