Dialogue entre catholiques : c’est possible !
Par Guillaume de Prémare le mercredi 16 novembre 2011, 11:35 - Revue de presse - Lien permanent
A l’occasion de l’affaire Castellucci, le débat entre catholiques a fait rage : « blasphème » ou pas « blasphème » ? Le désaccord est parfois allé jusqu’aux invectives, voire aux « excommunications réciproques ». Une question se pose : les catholiques sont-ils capables de dialoguer entre eux de manière sereine ? Il est communément admis qu’il est plus difficile de vivre un différent avec son frère le plus proche qu’avec un plus lointain cousin. Un événement, magnifiquement relaté par Laurent Grzybowski dans La Vie, montre que « difficile » ne signifie pas « impossible ».
Dimanche dernier, une vingtaine de jeunes du Mouvement de la jeunesse catholique de France (MJCF), proche de la Fraternité Saint-Pie X, ont perturbé une rencontre interreligieuse dans une église de Paris. Distribuant des tracts hostiles au dialogue interreligieux, ils ont scandé des slogans avant d’entamer une série de « Je vous salue Marie ». Dans son article, Laurent Grzybowski raconte comment un frère capucin et un frère franciscain sont parvenus, avec l’aide d’un moine bouddhiste, à désamorcer toute agressivité réciproque et à entamer un dialogue avec les jeunes, dialogue qui a permis à la fois un échange sur le fond et un accord formel sur une "porte de sortie" acceptable pour tous.
Le récit de Laurent Grzybowski est édifiant :
Après moultes négociations, ils ont quitté les lieux une heure plus tard, sans heurts ni violences. "Cela ne pouvait pas se passer autrement", explique calmement Pascal Aude, un frère capucin, qui a passé beaucoup de temps à discuter avec les uns et les autres. "En tant qu'artisans du dialogue, il fallait que nous prenions le temps de leur parler et de les écouter. Nous ne les avons certainement pas convaincus, eux non plus d'ailleurs, mais une rencontre a tout de même pu avoir lieu. Et cela leur a permis de partir la tête haute."
D’une certaine manière, Laurent Grzybowski nous propose quelque chose de relativement rare : d’une part une illustration de la possible maîtrise "sur le vif" des passions humaines, d’autre part un article apaisé et non-caricatural sur un sujet "hyper-émotionnel" dans l’Eglise catholique. Qui plus est, le journaliste de La Vie ne s’arrête pas à l’incident mais en profite pour relater de manière plus globale l’ensemble de ce qui s’est passé ce dimanche dans cette église parisienne. En quelque sorte, le récit de l’incident n’a pas "mangé" l’information principale, à savoir la rencontre interreligieuse en elle-même, permettant ainsi de la traiter de manière globale et d’en apprécier la portée.
Il y a, à mon avis, un double modèle dans cette affaire : un modèle de dialogue qui permet de faire passer celui qui est dans une posture de protestation à une dimension d’échange (pour dialoguer, il faut être deux) ; et un modèle de traitement journalistique. Merci Laurent Grzybowski !
Guillaume de Prémare
Commentaires
Voilà un bel exemple de catholiques authentiques.