L’idéologie identitaire de Breivik n’est pas ''catho-compatible''
Par Guillaume de Prémare le vendredi 29 juillet 2011, 10:32 - Actualités - Lien permanent
Après le carnage provoqué par Anders Behring Breivik, présenté par les médias comme « fondamentaliste chrétien », il convient de décrypter les motivations affichées par le meurtrier norvégien. Y a-t-il un lien entre le christianisme et ce déchaînement de violence aussi soudain qu’inattendu ? Sur quelles bases idéologiques Breivik s’appuie-t-il ? Comment ces bases idéologiques peuvent-elles être appréhendées au regard de ce qu’est le christianisme ? La prose de Breivik lui-même, contenue dans un manifeste de 1500 pages qu’il a publié sur Internet, donne des éléments concrets pour répondre à certaines interrogations brûlantes.
1. Breivik est-il un « fondamentaliste chrétien » ?
Breivik a écrit : « Vous êtes un chrétien religieux si vous avez une relation personnelle avec Jésus-Christ et Dieu. Moi-même et beaucoup de gens comme moi n'avons pas une relation personnelle avec Jésus-Christ et Dieu. Cependant, nous croyons dans la chrétienté comme plateforme culturelle, sociale, identitaire et morale. »
Commentaire :
Pour être désigné comme « chrétien fondamentaliste », il faudrait non seulement que Breivik ait la foi chrétienne, mais encore une foi déformée jusqu'à prendre au pied de la lettre (erreur rejetée par l'Eglise catholique) tous les textes de la Bible, quels qu'ils soient, ce qui engendre une démarche religieuse peu éclairée. Or ce n’est pas ce que Breivik dit de lui-même : sa démarche, souligne-t-il, n’est pas religieuse, ni même spirituelle. Ses motifs sont « culturels » (selon l'idée pathologique qu'il se fait de la culture) et « politiques ». Selon ses propres termes, il réduit le christianisme à une simple « plateforme culturelle, sociale, identitaire et morale » : quatre adjectifs auxquels Breivik donne, en outre, un contenu que des chrétiens repousseraient avec indignation… Autant dire que son christianisme n'a rien à voir avec le Christ confessé par les différentes religions chrétiennes.
2. Quelle est l’expérience religieuse personnelle de Breivik ?
Breivik : « Mes parents, étant plutôt laïques, ont voulu me laisser le choix en ce qui concernait la religion. À l'âge de 15 ans j'ai choisi d'être baptisé et confirmé dans l'Eglise d'Etat de Norvège (luthérienne). Je me considère comme 100 % chrétien. Cependant, je conteste fortement le chemin suicidaire de l'Eglise catholique, mais spécialement de l'Eglise protestante. Je soutiens une Eglise croyant en l'autodéfense et désireuse de combattre pour ses principes et valeurs, ou au moins de résister aux efforts visant à l'exterminer progressivement. »
Commentaire :
Breivik, baptisé dans l’Eglise luthérienne, s’affirme « 100 % chrétien » mais donne à ce mot un sens qui n'est pas chrétien : il voit la religion comme une « autodéfense », un combat pour des « principes » et des « valeurs ». Il en évacue ainsi la dimension essentielle, à savoir la démarche spirituelle, la démarche de foi. Comment alors interpréter ce « 100 % chrétien » qu’il proclame ? Cela signifie que pour lui, la religion consiste exclusivement – et à « 100 % » – en un combat pour ce qu'il appelle « la culture européenne » et qui se réduit en fait au culte de l'ethnie.
3. Comment Breivik est-il disposé vis-à-vis de l’Eglise catholique ?
Breivik : « Le pape Benoît a abandonné la chrétienté et tous les chrétiens européens et doit être considéré comme un pape lâche, incompétent, corrompu et illégitime, plus encore que ses derniers prédécesseurs : Jean XXIII (1958-1963), Paul VI (1963-1978), Jean-Paul Ier (1978), Jean-Paul II (1978-2005). Si le pape Benoît avait une once d'intégrité, il essaierait au moins de contacter tous les officiers des armées d'Europe et leur demander de monter des coups d'Etat contre les régimes multiculturalistes européens afin de bouter l'islam hors d'Europe pour la troisième fois. »
Commentaire :
Breivik projette sur une Eglise catholique imaginaire un fantasme : une Eglise qui deviendrait pôle de défense de l’identité européenne, laquelle identité recouvre un contenu politique, voire militaire, orienté vers la guerre.. Cette conception de l’identité est très éloignée d'un attachement naturel à ses racines et à sa culture, notion légitime en soi. Et puisque l’Eglise ne correspond pas à ce que Breivik en attend, il la critique avec fureur.
4. L’Eglise pourrait-elle être ce qu’en attendent Breivik et les « identitaires » ?
Breivik : « L'Europe chrétienne et la croix seront le symbole sous lequel tous les conservateurs culturels pourront s'unir dans notre défense commune. Cela servira de symbole unificateur à tous les Européens, même les agnostiques ou les athées... »
Commentaire :
A. Cette idée est incompatible avec la foi catholique. Le terme « catholique » signifie « universel » (en grec). L’Eglise catholique est universelle : elle ne peut être assimilée à une culture spécifique. Elle est répandue dans le monde entier, rassemblant des hommes et des femmes de toutes races et de toutes cultures. L’Eglise ne peut être la représentante de « l’Occident » ni de « l'Europe », concepts qui resteraient d'ailleurs à définir.
B. L’Eglise catholique a toujours dit reconnaître et valoriser les communautés naturelles, politiques et historiques ; donc les différentes cultures, racines et nations. Cela vaut pour l’Europe comme pour le monde entier. Si le pape a appelé à plusieurs reprises l’Europe à retrouver ses racines chrétiennes, c’est pour lui proposer de retrouver la foi en Jésus-Christ, le sens de Dieu : pas pour prêcher on ne sait quelle croisade politique dans une perspective de « choc des civilisations ».
C. Les catholiques ne peuvent en conscience adhérer au discours « identitaire » qui consiste à instrumentaliser leur religion au service d’un combat politique, culturel ou ethnique. Par ailleurs, l’Eglise proclame l’égale dignité de tous les hommes de toutes origines, et condamne fermement les idéologies ethnicistes.
Du pape Pie XI aux catholiques allemands (lettre encyclique Mit Brennender Sorge, 1937) :
« Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l'État, ou la forme de l'État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine - toutes choses qui tiennent dans l'ordre terrestre une place nécessaire et honorable -, quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d'une conception de la vie répondant à cette foi. »
« Seuls des esprits superficiels peuvent tomber dans l'erreur qui consiste à parler d'un Dieu national, d'une religion nationale ; seuls ils peuvent entreprendre la vaine tentative d'emprisonner Dieu, le Créateur de l'univers, le Roi et le Législateur de tous les peuples, devant la grandeur duquel les Nations sont "comme une goutte d'eau suspendue à un seau" (Is., XL, 15) dans les frontières d'un seul peuple, dans l'étroitesse de la communauté de sang d'une seule race. »
Patrice de Plunkett et Guillaume de Prémare
Commentaires
Le désir de Dieu est que tous les hommes accueillent le Vie éternelle et entrent dans l'amitié et la communion Trinitaire. Le salut des âmes a une dimension éternelle alors que l'existence d'une Nation est limitée dans le temps. La Nation devient une idole si on la place au dessus du salut des âmes.
Je suis convaincu que la structure de l'identité française est la foi catholique, l'amour de Jésus (cf la prière reçue de Jésus par Marcel Van). Cela implique la liberté de conscience et la convivialité avec les autres traditions religieuses et philosophiques. Néanmoins, une France qui a apostasié Jésus et ses racines chrétiennes a perdu l'essentiel de son identité et donc brasse du néant. En tant que catholique, je dois aider les Français à retrouver leur foi car l'enjeu est le salut des âmes.
Le relèvement politique de la France ne pourra se faire sans un relèvement spirituel. La croissance dans la sainteté personnelle participe à ce relèvement par les moyens donnés par l'Eglise: la prière, les sacrements, la lecture de la Bible, les actes de charité, … Finalement, l'acte politique le plus efficace et le plus positif pour moi catholique, c'est de prendre les moyens de grandir dans la sainteté et d'aider les autres à faire de même. Passer une heure à adorer Jésus devant le Saint-Sacrement peut avoir une plus grande portée politique que des heures de combat intellectuel. Même si je reconnais que les deux sont nécessaires.
Merci pour cet article