Michael Lonsdale, porte-parole de l’embryon humain
Par Guillaume de Prémare le mardi 8 février 2011, 14:02 - Revue de presse - Lien permanent
Tandis que s’ouvre aujourd’hui le débat parlementaire sur la révision des lois de bioéthique, c’est tout un symbole que celui qui incarne l’humble moine-médecin du film « Des hommes et des dieux » se mobilise pour porter la parole de celui qui est encore sans voix : l’embryon humain. À la suite d’une conférence de presse, le célèbre acteur a déposé hier à l’Assemblée nationale une pétition signée par plus de 10 000 citoyens (écouter le récit sur Radio Notre Dame). Relayée notamment par Le Point, cette initiative constitue la face la plus médiatique d’une large mobilisation, comme en témoigne le succès de la pétition lancée par l’Alliance pour les droits de la vie, ou encore l’appel aux députés signé, entre autres, par Charles Beigbeder, Claude Bébéar, Rémi Brague ou encore Chantal Delsol (lire Famille Chrétienne).
L’ambition éthique de la France se situe au cœur des débats parlementaires, avec comme questions centrales :
- La fin justifie-t-elle les moyens ?
- La science doit-elle primer sur la conscience ?
- L’approche éthique doit-elle prendre en compte la pression économique ?
Rapide tour d’horizon médiatique du jour…
La fin justifie-t-elle les moyens ?
A cette question, le sens commun répond généralement : non, la fin ne justifie pas les moyens. Il semblerait que ce sens commun soit sur le point d’être inversé, y compris par des personnes qui portent une ambition éthique.
Premier exemple
Le Parisien du jour se fait l’écho de la naissance du premier « bébé médicament » (écouter la réaction de Mgr Barbarin sur RTL). Ce bébé, destiné à sauver son grand frère d’une maladie génétique, a été conçu par fécondation in vitro et sélectionné parce qu’il était sain et compatible. Ceci implique que les embryons qui ne sont pas sains et compatibles sont, quant à eux, voués à la destruction.
Commentant la question éthique soulevée, le professeur Israël Nisand affirme :
« Ces naissances posent un problème éthique évident, mais c’est normal que des parents fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour sauver leur enfant. Cela ne me choque pas. Si un cas se présente chez nous, je le ferai sans hésiter. »
Ici, le problème éthique est reconnu comme « évident », mais il est préconisé de passer outre en raison de la finalité qui est bonne. Ainsi la fin justifie-t-elle le moyen.
Deuxième exemple
Dans Ouest-France, le député Jean Leonetti prend la défense de la recherche sur l’embryon en avançant un hypothétique bénéfice futur :
« Nous ne sommes plus en 2004. La cellule souche embryonnaire portait alors tous les espoirs. On allait guérir les maladies d'Alzheimer, de Parkinson, réparer des organes défectueux. Aujourd'hui, les résultats tardent à venir. D'autre part, les expériences sur les cellules souches adultes offrent une alternative qui ne pose pas de problème éthique. Pour autant, il ne faut pas fermer la porte à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. On ne peut pas savoir sur quoi elle débouchera. Les deux doivent être menées conjointement. »
Là encore, le problème éthique est clairement reconnu, mais écarté au profit de la finalité.
La science doit-elle primer sur la conscience ?
Sur cette question, le sens commun répond une fois encore : non, la science ne peut aller contre la conscience.
Pour autant, le gynécologue François Olivennes s’est élevé, toujours dans Le Parisien du jour, contre un amendement qui vise à réduire à trois le nombre d’embryons produits dans le cadre d’une fécondation in vitro :
« Essayer de supprimer la congélation d’embryons est une démarche qui va à contresens de la réalité scientifique. »
Interrogé sur Europe 1 ce matin, il s’est placé clairement sur le terrain de l’efficacité scientifique. Les réalités scientifiques empêchent-elles de considérer que le lieu de délibération d’une société humaine est bien d’abord la conscience de l’homme ?
L’approche éthique doit-elle prendre en compte la pression économique ?
Dans la même interview donnée à Ouest-France, Jean Leonetti aborde cette question :
« Certains scientifiques craignent que cette loi soit jugée ambiguë par les industriels, qui n'investiront pas en France. Il ne faut pas confondre arguments économiques et arguments éthiques. D'autre part, l'Agence de biomédecine a pour mission de réaliser une analyse comparée des législations européennes. Nous saurons si notre loi n'entraîne pas un retard trop lourd pour la recherche française. »
Si le député appelle à une séparation des « arguments économiques et arguments éthiques », il n’écarte pas la dimension concurrentielle, et donc en quelque sorte marchande, de la recherche : « Nous saurons si notre loi n'entraîne pas un retard trop lourd pour la recherche française. » Cette idée de « retard pour la recherche française » est problématique si l’on considère que la recherche médicale est pour le bien commun de l’humanité et ne peut se concevoir comme quelque chose de concurrentiel et marchand. La France ne se doit-elle pas, au contraire, d’être en avance au plan éthique ? En Grande Bretagne, des expériences d’embryons hybrides homme-animal ont été autorisées : doit-on regretter que la recherche française prenne du retard sur la recherche britannique ?
Commentaires
J'ai entendu ce matin le pr. François Olivennes sur Europe 1. J'ai relevé cette partie de phrase "comme si cet embryon était déjà un enfant potentiel". Je voudrais savoir comment on peut définir un embryon autrement que par un enfant potentiel. N'y a-t-il pas toutes les potentialités de l'enfant dans l'embryon? Savez-vous comment je pourrais obtenir une réponse de ce gynécologue?
Je ne vous cache pas que je suis une fois de plus bouleversée par ce que j'ai entendu...
A ISABELLE
L'embryon est même davantage qu'un "enfant potentiel". Mgr Vingt-Trois a dit que c'était "un être humain au tout début de son histoire". Le professeur Lejeune disait : "Si la vie ne commence pas dès la fécondation, alors elle ne commence jamais". Oui, il y a tout dès la fécondation, toute la "programmation", tous les constituants qui permettent le développement progressif, rien ne s'ajoute pas la suite. C'est pour cela qu'aucun scientifique ne peut dire que la vie humaine commence à un autre moment qu'à ce moment précis de la fécondation. Alors, on trouve d'autres biais, on dit par exemple qu'il faut "objectiver la chose par un projet parental". Mais la "chose" est déjà objectivée, de fait.
Parce que les bases scientifiques ne permettent de définit autrement l'embryon que comme un être humain, on renonce à définir un "statut juridique de l'embryon". C'est le grand sujet tabou des questions de bioéthique.
Merci pour ce commentaire. Je suis convaincue que dès que la première cellule est constituée, l'embryon est 'un être humain. Je n'imaginais pas qu'on puisse nier la "potentialité" (au sens strict du mot) d'un embryon à parvenir au stade d'enfant, pour peu qu'on le laisse se développer, tout comme un bébé s'il est nourri et soigné, ce qu'il ne saurait faire seul, deviendra un enfant, un ado et un adulte.
Je ne comprends pas qu'un scientifique, qui connaît le pouvoir et le sens des mots, en arrive à nier cela, s'il conserve un tant soit peu d'honnêteté intellectuelle.
Du point de vue de la réalité objective, qu’est-ce qu’un embryon ? L’embryon est un amas de cellules, et rien de plus. Il n'a pas plus de conscience que le sperme, les ovules dont il est issu, qu’une pierre et moins qu'une plante.
Certes, l’embryon, s’il arrive à terme ce qui n’est jamais certain, est un humain potentiel (s'il s'agit d'humain, mais des embryons, il y en a de tout autre animal) . Mais chaque spermatozoïde, chaque ovule aussi sont des êtres finis potentiels si le hasard les met en présence, et nous n’en portons pas le deuil!
Je ne respecte pas la vie, car je mange. Mais je ne veux pas faire souffrir pour manger et je suis pour ça végétalienne. C'est ça la morale, non?
Mais que fait le merveilleux Lonsdale en cette affaire? Lire utilement :
http://animal-respect-catholique.or...
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j'espère que vous mettez aussi les commentaires avec lesquels vous n’êtes pas d'accord. c'est mon cas. je vous invite à lire mon article et serais honorée d'un petit comm.
Au passage, j'adore Lonsdale, qui est une sorte de porteur de sacré à lui tout seul. Pour moi, c'est un être exceptionnel. savez vous comment le joindre? Merci. Cependant je ne peux le suivre sur ce terrain.
voici le mail du texte:
http://psychanalyse-et-animaux.over...
@ Jo
Il est vrai que l'enseignement de l'Eglise ne met pas sur le même plan éthique les animaux et les hommes. Le sens commun également ne les met pas sur le même plan. Il semble qu'il fasse partie de l'ordre naturel que les animaux servent de nourriture et d'auxiliaires aux hommes. Et le simple bon sens suffit à considérer qu'il n'est pas normal de pratiquer des actes de cruauté sur des animaux, en effet. Quant à la corrida, je dois dire que je connais mal le sujet : c'est tellement imprégné dans la culture de certaines régions que cela ne me surprend pas que des prêtres bénissent les toréadors. Il m'étonnerait que l'Eglise se prononce sur la question... Mais je veux bien comprendre que vous soyez sensible à cette question.