La fin justifie-t-elle les moyens ?

A cette question, le sens commun répond généralement : non, la fin ne justifie pas les moyens. Il semblerait que ce sens commun soit sur le point d’être inversé, y compris par des personnes qui portent une ambition éthique.

Premier exemple
Le Parisien du jour se fait l’écho de la naissance du premier « bébé médicament » (écouter la réaction de Mgr Barbarin sur RTL). Ce bébé, destiné à sauver son grand frère d’une maladie génétique, a été conçu par fécondation in vitro et sélectionné parce qu’il était sain et compatible. Ceci implique que les embryons qui ne sont pas sains et compatibles sont, quant à eux, voués à la destruction. Commentant la question éthique soulevée, le professeur Israël Nisand affirme :

« Ces naissances posent un problème éthique évident, mais c’est normal que des parents fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour sauver leur enfant. Cela ne me choque pas. Si un cas se présente chez nous, je le ferai sans hésiter. »

Ici, le problème éthique est reconnu comme « évident », mais il est préconisé de passer outre en raison de la finalité qui est bonne. Ainsi la fin justifie-t-elle le moyen.

Deuxième exemple
Dans Ouest-France, le député Jean Leonetti prend la défense de la recherche sur l’embryon en avançant un hypothétique bénéfice futur :

« Nous ne sommes plus en 2004. La cellule souche embryonnaire portait alors tous les espoirs. On allait guérir les maladies d'Alzheimer, de Parkinson, réparer des organes défectueux. Aujourd'hui, les résultats tardent à venir. D'autre part, les expériences sur les cellules souches adultes offrent une alternative qui ne pose pas de problème éthique. Pour autant, il ne faut pas fermer la porte à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. On ne peut pas savoir sur quoi elle débouchera. Les deux doivent être menées conjointement. »

Là encore, le problème éthique est clairement reconnu, mais écarté au profit de la finalité.

La science doit-elle primer sur la conscience ?

Sur cette question, le sens commun répond une fois encore : non, la science ne peut aller contre la conscience.
Pour autant, le gynécologue François Olivennes s’est élevé, toujours dans Le Parisien du jour, contre un amendement qui vise à réduire à trois le nombre d’embryons produits dans le cadre d’une fécondation in vitro :

« Essayer de supprimer la congélation d’embryons est une démarche qui va à contresens de la réalité scientifique. »

Interrogé sur Europe 1 ce matin, il s’est placé clairement sur le terrain de l’efficacité scientifique. Les réalités scientifiques empêchent-elles de considérer que le lieu de délibération d’une société humaine est bien d’abord la conscience de l’homme ?

L’approche éthique doit-elle prendre en compte la pression économique ?

Dans la même interview donnée à Ouest-France, Jean Leonetti aborde cette question :

« Certains scientifiques craignent que cette loi soit jugée ambiguë par les industriels, qui n'investiront pas en France. Il ne faut pas confondre arguments économiques et arguments éthiques. D'autre part, l'Agence de biomédecine a pour mission de réaliser une analyse comparée des législations européennes. Nous saurons si notre loi n'entraîne pas un retard trop lourd pour la recherche française. »

Si le député appelle à une séparation des « arguments économiques et arguments éthiques », il n’écarte pas la dimension concurrentielle, et donc en quelque sorte marchande, de la recherche : « Nous saurons si notre loi n'entraîne pas un retard trop lourd pour la recherche française. » Cette idée de « retard pour la recherche française » est problématique si l’on considère que la recherche médicale est pour le bien commun de l’humanité et ne peut se concevoir comme quelque chose de concurrentiel et marchand. La France ne se doit-elle pas, au contraire, d’être en avance au plan éthique ? En Grande Bretagne, des expériences d’embryons hybrides homme-animal ont été autorisées : doit-on regretter que la recherche française prenne du retard sur la recherche britannique ?