L’Eglise catholique fait-elle de la politique ?
Par Guillaume de Prémare le mardi 28 septembre 2010, 17:34 - Actualités - Lien permanent
Certains se sont récemment sont étonnés - soit pour s’en réjouir, soit pour le déplorer - que des prêtres et des évêques aient pris publiquement la parole sur la question des Roms. Alors que s’ouvre le débat parlementaire sur le projet de loi sur l’immigration, la Conférence des évêques de France vient de publier un communiqué qui rappelle les orientations de l’Eglise sur les questions migratoires. Cette actualité brûlante donne l’occasion de s’interroger : l’Eglise, supposée distinguer le temporel du spirituel, fait-elle de la politique ?
Le décryptage de Médias & Evangile
Pourquoi l’Eglise distingue-t-elle le temporel du spirituel ?
Ce n’est pas au nom du principe de laïcité que l’Eglise distingue le temporel du spirituel, mais parce que l’Evangile l’enseigne : « Rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu et à César ce qui appartient à César ». C’est une distinction constante et fondamentale pour l’Eglise.
L’Eglise fait-elle de la politique en intervenant dans le débat public ?
La mission de l’Eglise est spirituelle : elle s’occupe des âmes. Elle ne fait pas de politique car le sens et l'efficacité de sa mission ne dépendent pas de l’organisation politique et des lois. Pour autant, l’Eglise se veut solidaire de l’humanité, c’est-à-dire liée par une responsabilité commune. Elle apporte sa contribution au bien commun et rappelle la dignité humaine quand c’est nécessaire. Cela fait aussi partie de sa mission.
Le débat sur l’immigration n’est-il pas éminemment politique ?
Les solutions concrètes sont en effet de nature politique. Mais l’Eglise est dans son rôle en rappelant, à l’occasion d’un débat d’actualité, les grands principes liés au bien commun (légitime régulation des flux migratoires pour le pays d’accueil, prise en compte de l’intérêt des pays d’origine) et à la dignité humaine (respect de la famille, des libertés fondamentales, du droit d’asile, promotion de la dimension humanitaire). L'Eglise s’est déjà exprimée à de nombreuses reprises sur ce sujet, notamment lors du débat parlementaire de 2007. Le récent communiqué n’a donc rien d’étonnant. L’Eglise contribue à la réflexion sur un sujet d’intérêt général à forte connotation morale.
L’Eglise a-t-elle droit à la parole dans une société laïque ?
L’Eglise revendique une totale liberté de parole dans toute société. Tout en respectant les institutions, elle se veut indépendante de tout pouvoir temporel. En France, aucune loi ne vient restreindre la liberté de parole de l’Eglise sur quelque sujet que ce soit. L’Eglise restreint d’elle-même ses interventions à ce qui regarde sa mission.
Sur quels sujets l’Eglise intervient-elle volontiers ?
Sur tous les grands sujets qui touchent au bien commun et à la dignité de l’homme : respect de la vie (avortement, euthanasie), bioéthique, lutte contre la pauvreté, immigration, solidarité, liberté d’enseignement et d’éducation, promotion de la famille, morale familiale et sociale etc.
Les prêtres peuvent-ils faire de la politique ?
Pour la loi française, oui. Pour la loi interne de l’Eglise, non : un prêtre ne peut avoir aucun engagement politique, participer à un gouvernement ou se présenter à des élections. Un prêtre peut en revanche avoir des engagements sociaux, caritatifs ou associatifs et utiliser, dans ce cadre, sa liberté de parole sous sa propre responsabilité. Il peut avoir des opinions politiques personnelles, mais ne les exprime pas publiquement.
Les laïcs catholiques peuvent-ils penser et s’engager comme ils le souhaitent ?
Les catholiques sont libres de leurs opinions et engagements politiques, qu’ils assument sous leur responsabilité personnelle. Ils présentent à cet égard une grande diversité et obéissent à leur conscience en tenant compte des principes moraux de l’Eglise et de son enseignement social, appelé « doctrine sociale de l’Eglise ». L’Eglise condamne cependant certaines idéologies (nazisme, communisme) et exclut certaines appartenances (franc-maçonnerie) incompatibles avec la religion catholique.
Qu’est-ce que la « doctrine sociale » de l’Eglise ?
La « doctrine sociale de l’Eglise » expose des principes généraux sociaux et moraux liés au bien commun et à la dignité humaine. Il revient aux catholiques d’imaginer et de mettre en œuvre, avec liberté et responsabilité, les diverses solutions politiques, économiques et sociales conformes à ces principes généraux. La majeure partie de cet enseignement est constituée par les « encycliques sociales ». La première encyclique sociale – Rerum Novarum - a été publiée par le pape Léon XIII en 1893. Elle fait suite aux nombreux engagements de catholiques pour défendre les droits des ouvriers et la dignité du travail humain à l’époque de la révolution industrielle. La dernière encyclique sociale est Caritas In Veritate, publiée en juin 2009 par le pape Benoît XVI.
Commentaires
Merci pour cette mise au point très claire. Ce qui est tout de même frappant, c'est de voir à quel point les politiques et les médias sont prompts en général à contester ce droit (et même ce devoir moral) de l''Eglise à prendre la porole quand il s'agit de de bioéthique, d'avortement., de contraception..., en même temps qu'ils s'en félicitent lorsqu'il s'agit d'immigration. Mais il faut reconnaître que nous aussi, catholiques, selon nos sensibilités, pouvons avoir ce même défaut : deux poids deux mesures.
En effet cher Stéphane, l'Eglise porte une parole qui est exigeante. Elle nous propose en quelque sorte de nous compliquer un peu la vie pour parvenir à articuler des notions qui sont trop souvent opposées l'une à l'autre : les nécessités du bien commun et le respect de la dignité humaine. La facilité, c'est de choisir l'une au détriment de l'autre, dans un sens ou dans l'autre.
Si certains se sont félicités de la parole de l'Eglise sur l'immigration, les attaques n'ont pas manqué non plus : "De quoi je me mêle ? Et la laïcité ?" a-t-on entendu ici où là ! Il y a peut-être une confusion en France à propos de la loi de 1905. Cette loi ne limite en rien l’expression publique de l'Eglise, sur quelque sujet que ce soit. Ni l'Eglise ni les catholiques ne doivent avoir le moindre complexe à s'exprimer publiquement.
L'Eglise fait-elle de la politique ? Oui comme tout corps constitué peut en faire.
L'Eglise sait-elle communiquer sur sa politique et ses spécificités ? La réponse est souvent, hélas, non.
L'époque de Monseigneur Gaillot n'est pas si lointaine. Il occupait tout l'espace médiatique, avec un peu de concurrence, dans le dit espace, du Père Di Falco, du Père de la Morandais...
Et je ne juge pas la qualité du message diffusé.
Nous savons que nos Pasteurs n'ont pas tous les mêmes facilités à faire passer les messages lors de leurs homélies.
Notre Eglise doit continuer à travailler pour que sa politique soit connue et respectée.
En effet cher Laurent, tout le problème est là.
Tout cela est complexe :
1. La parole de l'Eglise est multiforme. En soi, toute parole de catholique est parole d'Eglise, mais pas nécessairement LA parole de l'Eglise, surtout s'agissant de politique puisqu'il y a une légitime diversité d'opinions.
2. Il y a le problème de la médiatisation des paroles d'Eglise. Les paroles réactives sont bien médiatisées, on l'a vu dans l'affaire des Roms. Mais la parole constructive est peu relayée par les agences de presse. Par exemple, l'écho donné au communiqué sur l'immigration est faible, malgré les efforts de la CEF... et de Médias & Evangile à sa modeste mesure. Ce communiqué aurait mérité un meilleur écho en plein débat national sur une question où l'Eglise a quelque chose de constructif à apporter en vue du bien commun.
3. La parole papale "vampirise" presque, à son corps défendant, la parole d'Eglise parce que nous sommes dans une logique d'excessive personnalisation. Autre problème : on pense que le pape ne parle QUE (ou presque !) des questions morales. En fait, c'est l'écho médiatique qui est très fort sur ces questions, preuve de l'intérêt de la société pour la morale ! Mais si on suit jour après jour la parole du pape, on se rend vite compte que l'écrasante majorité de ses enseignements porte sur le spirituel. Ce dont le pape parle le plus, c'est de Jésus, ce qu'il commente le plus, c'est l'Evangile ! Ensuite il y a les questions sociales, bien davantage abordées que les questions morales.
4. Un symptôme de cette excessive personnalisation : sur l'affaire du prix Nobel à l'inventeur de la FIV, on a entendu et lu "le pape ceci, le pape cela". Or, le pape ne s'est pas exprimé, mais c'est le président de l'académie pontificale pour la vie qui l'a fait, à mon avis d'une manière maladroite !
Il me semble qu'un catholique ne peut votre pour un parti qui défend des prises de position contraires à l'Eglise comme l'avortement, l'uthanasie, le mariae des homosexuels. Le devoir d'un catholique est de sabstenir ou de votre blanc. On n' a pas le droit de s'engager dans un parti qui défend de tels enjeux. C'est ce qui a été plus ou moins di par le Pape et certains commentateurs.
Excusez moi mais j'ai du mal à comprendre une petite chose, l'abbé pierre a fait de la politique, il a été député et membre du parti MRP, comment cela a t-il pu être possible sans un consentement de l'église?
Je dois vous dire, Benjamin, que je n'ai pas la réponse à votre question. J'ai lu une biographie de l'abbé Pierre il y a quelques années mais ma mémoire me fait défaut sur ce point. Il faudrait faire des recherches.