Pourquoi l’Eglise distingue-t-elle le temporel du spirituel ?

Ce n’est pas au nom du principe de laïcité que l’Eglise distingue le temporel du spirituel, mais parce que l’Evangile l’enseigne : « Rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu et à César ce qui appartient à César ». C’est une distinction constante et fondamentale pour l’Eglise.

L’Eglise fait-elle de la politique en intervenant dans le débat public ?

La mission de l’Eglise est spirituelle : elle s’occupe des âmes. Elle ne fait pas de politique car le sens et l'efficacité de sa mission ne dépendent pas de l’organisation politique et des lois. Pour autant, l’Eglise se veut solidaire de l’humanité, c’est-à-dire liée par une responsabilité commune. Elle apporte sa contribution au bien commun et rappelle la dignité humaine quand c’est nécessaire. Cela fait aussi partie de sa mission.

Le débat sur l’immigration n’est-il pas éminemment politique ?

Les solutions concrètes sont en effet de nature politique. Mais l’Eglise est dans son rôle en rappelant, à l’occasion d’un débat d’actualité, les grands principes liés au bien commun (légitime régulation des flux migratoires pour le pays d’accueil, prise en compte de l’intérêt des pays d’origine) et à la dignité humaine (respect de la famille, des libertés fondamentales, du droit d’asile, promotion de la dimension humanitaire). L'Eglise s’est déjà exprimée à de nombreuses reprises sur ce sujet, notamment lors du débat parlementaire de 2007. Le récent communiqué n’a donc rien d’étonnant. L’Eglise contribue à la réflexion sur un sujet d’intérêt général à forte connotation morale.

L’Eglise a-t-elle droit à la parole dans une société laïque ?

L’Eglise revendique une totale liberté de parole dans toute société. Tout en respectant les institutions, elle se veut indépendante de tout pouvoir temporel. En France, aucune loi ne vient restreindre la liberté de parole de l’Eglise sur quelque sujet que ce soit. L’Eglise restreint d’elle-même ses interventions à ce qui regarde sa mission.

Sur quels sujets l’Eglise intervient-elle volontiers ?

Sur tous les grands sujets qui touchent au bien commun et à la dignité de l’homme : respect de la vie (avortement, euthanasie), bioéthique, lutte contre la pauvreté, immigration, solidarité, liberté d’enseignement et d’éducation, promotion de la famille, morale familiale et sociale etc.

Les prêtres peuvent-ils faire de la politique ?

Pour la loi française, oui. Pour la loi interne de l’Eglise, non : un prêtre ne peut avoir aucun engagement politique, participer à un gouvernement ou se présenter à des élections. Un prêtre peut en revanche avoir des engagements sociaux, caritatifs ou associatifs et utiliser, dans ce cadre, sa liberté de parole sous sa propre responsabilité. Il peut avoir des opinions politiques personnelles, mais ne les exprime pas publiquement.

Les laïcs catholiques peuvent-ils penser et s’engager comme ils le souhaitent ?

Les catholiques sont libres de leurs opinions et engagements politiques, qu’ils assument sous leur responsabilité personnelle. Ils présentent à cet égard une grande diversité et obéissent à leur conscience en tenant compte des principes moraux de l’Eglise et de son enseignement social, appelé « doctrine sociale de l’Eglise ». L’Eglise condamne cependant certaines idéologies (nazisme, communisme) et exclut certaines appartenances (franc-maçonnerie) incompatibles avec la religion catholique.

Qu’est-ce que la « doctrine sociale » de l’Eglise ?

La « doctrine sociale de l’Eglise » expose des principes généraux sociaux et moraux liés au bien commun et à la dignité humaine. Il revient aux catholiques d’imaginer et de mettre en œuvre, avec liberté et responsabilité, les diverses solutions politiques, économiques et sociales conformes à ces principes généraux. La majeure partie de cet enseignement est constituée par les « encycliques sociales ». La première encyclique sociale – Rerum Novarum - a été publiée par le pape Léon XIII en 1893. Elle fait suite aux nombreux engagements de catholiques pour défendre les droits des ouvriers et la dignité du travail humain à l’époque de la révolution industrielle. La dernière encyclique sociale est Caritas In Veritate, publiée en juin 2009 par le pape Benoît XVI.